Derrière le brouillard de larmes qui troublait sa vue, Hope se raccrocha au regard sombre et chaud que lui offrait l’elfe.

Ce qu’il disait était vrai. Une fois le secret partagé, l’horrible révélé, la personne à qui cela a été confié devient une épaule sur laquelle on peut s’appuyer. C’est un nouveau lien entre deux personnes, une sorte de marque de confiance partagée.
Mais… elle ne le connaissait pas, elle venait de le rencontrer et ne savait rien de lui sinon son lien de parenté avec Cimberje, une autre personne qu’elle ne connaissait pas… Elle ne connaissait personne… ici ou ailleurs… plus personne… nulle part…
Il lui fallait apprendre… tout apprendre… Quand on passe sa vie au milieu du groupe, qu’on naît au milieu d’eux, on n’a pas besoin d’apprendre à les connaître : les choses se passent d’elles même progressivement… Est-ce pareil ici ? Faut-il laisser le temps créer les relations, les amitiés ?
Elle tendit la main vers lui et la posa sur un de ses genoux. Ses doigts se crispèrent sur le tissu rêche de son pantalon mais elle esquissa un pâle sourire à son attention.
Qu’elle se trompa ou non sur le compte de l’albinos, il serait celui à qui elle raconterait en premier cette partie de son histoire.
Hope inspira un grand coup, serrant les poings, les lèvres et les yeux et se lança dans ce dur récit.
" Pour bien comprendre, il faut que vous sachiez que j’appartiens…-tenais… à une communauté autarcique très soudée. Peu de gens connaissent notre existence et nous viv…ions tranquillement dans une clairière entourée de toutes parts par la forêt.

Il faisait un temps admirable ce matin. Nous devions ma sœur et moi nous rendre dans les bois pour cueillir ces savoureuses petites pommes sauvages. Elle aurait du… venir avec moi mais mon neveu choisit ce matin-là pour naître… Je voulais lui faire une bonne tarte alors je suis allée dans les bois… toute seule. Je m’y suis un peu attardée… choisissant les meilleurs fruits, cueillant aussi quelques fleurs aux couleurs douces et au parfum pur. Quand mon panier fut plein, je me mis en route pour rentrer… Je m’étais éloignée plus que ce que je pensais… J’étais à peu près à un kilomètre du village…


Quand… Je sentis une douleur qui me dé… déchira le cœur et le corps… qui fit… flageoler mes jambes et monter les larmes… aux yeux. Qu’on m’arracha… littéralement… le cœur… je crois que ça ne m’aurait pas… fait plus ma..al. Je ne pouvais pas crier… pas bouger… simplement… souffrir… Et pourtant… je sus à l’instant où… ça me prit que… ce n’était pas mon corps.. qui souffrait mais mon âme… qui se déchirait… qui était meur… trie… et qui empêchait mon corps d’agir… Je… je sentais peu à peu… mes forces… m’échapper, le li…lien se briser… J’avais mal car… ils sou…ffraient… J’avais l’impression de… disparaître, de… manquer d’air, de suffoquer… de… mourir peu à peu… à l’intérieur… car ils… mourraient… Chaque part d’eux en moi… hur…lait, se tor…dait de douleur, de… peur et finissait par s’é… éteindre… Je sentais tout… tout le malheur qui se passait… mais je ne pouvais rien faire……. Ils m’emp… m’empêchaient de rentrer…, de les rejoindre… de mourir… avec eux… Tel aurait été mon sort si… si j’avais… été avec eux physiquement… Pour… Pourquoi ? Pourquoi je n’étais pas avec eux ? ? Pourquoi… pourquoi je me suis attardée loin d’eux ? Alors que… mon neveu venait de naî… naître… Ce petit visage rond… n’a pas connu le monde que… déjà… on l’arrache à son avenir ! ! Comment… ?

Quand je pus… de nouveau marcher, je… chancellais mais… me pressais de rentrer… Tout… tout était… fi…ni… Plus personne.. à sauver… Plus ri…en à faire… Pourquoi… je ne suis pas… mor…te moi aus…si… ? Sans eux… une part de moi s’est éteinte… ma magie… n’est plus que… qu’une étincelle… au fond de moi… car ils ne sont plus… Je me sens… vi…de… Mais… Mais… ils m’ont sauvée…. "
Sauvée, ils l’ont sauvée… Ce n’était pas pour qu’elle se désole, pour qu’elle se morfonde…
Alors elle avait tourné les talons, quitté son village en proie aux flammes qu’elle avait elle même provoqué pour permettre aux âmes des siens de rejoindre le soleil et à leurs corps de s’allier avec la nature… Elle avait senti leurs regards dorés posés sur elle et leurs sourires… Ses fantômes… ses sauveurs…
Un rideau de larmes inondait ses joues, sa voix n’était plus qu’un faible murmure lorsqu’elle acheva son récit. Elle ne sentait plus son corps, ne voyait rien que la couleur de la mort, n’entendait plus rien sinon son âme endeuillée qui se désespérait. Elle était seule, elle était loin… Elle était protégée par ses fantômes, hantée par leurs souvenirs et elle ne se rendit même pas compte de la lueur d’un jaune étincelant qui émanait de son cœur.










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