Quand Loïje se mit à arpenter la salle en proie
à ce qui semblait être une profonde réflexion,
Hope sourit. Il lui sembla revoir son compagnon, les cheveux blancs
et les yeux carmins en moins, lorsqu’il se mettait à
réfléchir. Il avait besoin de bouger pour mettre de
l’ordre dans ses idées et la jeune femme aimait
à le voir s’activer, jusqu’à
l’épuisement parfois, jusqu’à ce
qu’il trouve la solution à ce qui le tracassait. Elle
aimait d’autant ça qu’elle l’enviait, car
elle même devait se poser et ne rien fait pour
réfléchir et qu’en général,
ça lui prenait ses nuits de sommeil. C’était
bien sur pour les choses importantes que l’un et
l’autre agissaient ainsi.

Elle ne ressentit pas de tristesse en pensant à celui qui
partageait sa vie mais une sorte d’apaisement. Elle
était capable de se souvenir des bonnes choses et ça
la rassurait.
Cependant quand l’elfe magicien s’arrêta et
lui demanda de lui expliquer sa situation, la sorcière fut
submergée par l’émotion et une boule naquit au
creux de son estomac. Se souvenir de ça n’était
en rien agréable.

Disparue l’image de Kebra, des jours heureux et dur le
retour à la réalité, à sa solitude
psychique et à sa peine. Pourquoi ? Comment peut-on
passer de l’un à l’autre état en une
fraction de secondes ? Comment combattre ce qui nous ronge et
ne garder que les bons instants ?
Elle ferma les yeux, chassant du mieux qu’elle le put les
larmes de ses yeux, les images de sa tête, la douleur de son
corps. Son visage trahissait les efforts qu’elle faisait pour
ne s’effondrer, perdre pied, ne pas se laisser envahir par un
chagrin avec lequel elle allait devoir composer toute sa vie.
Se réfugier ailleurs, éluder la question…
Elle ne pouvait pas… Elle devait faire face…
D’autres lui poseront la question et elle ne pourra pas
éternellement refuser de répondre. Lunala
n’avait pas eu besoin de lui demander. L’immortelle
avait senti et compris rie qu’en lisant en elle, en trouvant
sa magie affaiblie et recroquevillée quelque part au fond
d’elle. Ca l’avait soulagée qu’elle
n’eut rien à dire et à expliquer. Maintenant,
elle n’avait pas le choix ; le magicien albinos ne
pouvait lire en elle.

Elle recula jusqu’à toucher le mur et se laissa
glisser jusqu’à terre. Le contact du sol froid de la
pièce avait pour seul but qu’elle ne tomba pas plus
bas. Avoir évoquer son lieu de vie avec Oplène
l’avait déjà faite pleurer. Devoir mettre des
mots même brefs sur le massacre qui avait changé sa
vie…
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