Elle s’en voulait d’avoir poser cette question. Cela
faisait évidemment du mal de parler de l’endroit
qu’on aime mais qu’on a perdu. Quelle tête de
linotte ! se maudit-elle mentalement.
" Oui, nous sommes heureux ici. Hyrine est une ville
accueillante et on s’y sent très vite bien. Même
si ça ne remplace jamais ce qu’on a quitté, on
apprend à aimer cet endroit. Aujourd’hui, je peux dire
que j’aime Hyrine. Miany ne se souvient pas trop de notre
village et considère presque qu’ici c’est SA
ville. C’est un bon endroit pour se reconstruire, croyez-moi
Hope. "
L’aubergiste était sincère. Elle avait eu du
mal au début comme tout le monde mais désormais elle
se considérait elle aussi comme une habitante d’Hyrine
et non plus comme une expatriée.
" Il faut du temps c’est sur. Et je ne dis pas
qu’on oublie le reste et je crois même que c’est
une bonne chose de ne pas oublier les bons moments de notre ville
d’avant. Car après tout n’est-ce pas ça
qu’on garde en mémoire, les bonnes
choses ? "
Pour cette dernière question qui n’en était
pas une, Oplène ne savait que penser. Il lui restait encore
en tête des moments peu agréables mais elle
s’accrochait toujours sur les bons pour garder une image
joyeuse d’avant.
Mal réveillée, la jeune fille se passa la main sur
les yeux et ne put retenir un baillement.
Elle venait de pousser la porte de la cuisine et
découvrit sa mère et Hope la nouvelle en pleine
conversation.
Elle avait entendu du bruit dans la cuisine mitoyenne à
sa chambre et sachant que sa mère parfois insomniaque, elle
ne s’était pas inquiétée.
C’était simplement parce que le sommeil ne revenait
pas qu’elle s’était levée. Mais elle
regretta son geste dès qu’elle fit quelques pas. Elle
n’était désormais plus sure de se
rendormir…
" Vous faites quoi debout à cette heure toutes les
deux ? "
Miany bailla une fois de plus et même si elle ne
rêvait que de rejoindre son lit, elle s’avança
en traînant les pieds vers les deux femmes.
Ses pieds étaient nus et elle portait uniquement une
chemise de nuit fine. Elle tortilla son nez qui se mit à
chatouiller, lui rappelant qu’elle avait quitté son
lit douillet et bien chaud.
" Bonjour ma puce… mais à voir ta mine, tu
ferais mieux de retourner te coucher. "

" C’est trop tard maintenant… Je suis presque
entièrement réveillée… "
Elle conclut sa phrase par un bâillement manquant de lui
décrocher la mâchoire.

" Ah oui, t’es sure ? "
La mère et la fille se mirent à rire. Elles
avaient le même timbre de voix mais c’était plus
évident quand elles riaient.
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